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Un exemple pratique dutilisation dEvalog
Dans notre école, au lieu dattribuer une note aux travaux des élèves, lenseignant détermine si les objectifs définis pour la tâche en question, sont atteints ou non. Lenseignant reporte provisoirement ces données dans une grille. Périodiquement il les saisit dans le gestionnaire dévaluation Evalog qui génère plusieurs types de documents.
Apprendre dans le cadre dun projet de classe
Il sagit donc dune activité différenciée en fonction des intérêts des enfants ce qui implique une évaluation différenciée en fonction des notions auxquelles chacun a dû faire appel selon le sujet choisi. A ce niveau, mon intervention consiste à :
Dans un deuxième temps, les élèves ont tenté daméliorer leur production en se servant des annotations portées par lenseignant. Dans la mesure du possible, je leur ai donné des indices plutôt que des solutions. Un code a été établi :
Etc De nouveaux savoir-faire
sont observables à ce niveau :
Ensuite, un texte délève a été corrigé collectivement au rétroprojecteur. Chacun a pu donner ses " trucs ", expliquer comment il se servait des indices pour corriger les fautes. Lors des travaux suivants, Jai pu différencier cette étape de correction en donnant moins dindices aux élèves compétents en la matière, quaux autres. Enfin, les textes sont tapés par les élèves sur les vieux Atari de lécole et mis en page par lenseignant. Lorsque le journal est imprimé, nous tenons le " conseil de rédaction " : chaque texte est critiqué. On cherche à rendre explicite ce qui en fait un bon texte, comme les enchaînements logiques, les effets dhumour, lutilisation de synonymes, lorganisation en paragraphes ; ceci dans le but de remplir ces critères lors du prochain numéro du journal. Le bilan individuelAu terme dune période de 4 à 5 semaines, chaque enfant reçoit son bilan individuel. Il sagit dun tableau qui récapitule les objectifs atteints ou non. Dans une perspective formatrice, cette évaluation vise à donner à lélève la possibilité de faire des choix. Chaque enfant se fixe deux ou trois objectifs de rédaction quil sefforcera daccomplir au prochain travail. Lors de lévaluation de ce deuxième travail, chaque enfant passe auprès de lenseignant et " vend " les qualités de son texte : par exemple, un élève me montrait comment il sy était pris pour éviter la répétition de " les trois garçons " en remplaçant par " les aventuriers ". Le rôle de lenseignant consiste alors à certifier une maîtrise, en loccurrence, lenfant est capable d " éviter les répétitions en utilisant des synonymes" . Au terme de ce projet de journal, chaque élève avait réalisé des apprentissages différents, avec des niveaux de compétences également très variés. Le bilan de classe permet à lenseignant de faire le point en déterminant quels sont les objectifs fondamentaux quune partie des élèves ne maîtrise pas. Une à deux périodes hebdomadaires est alors réservée à un " atelier régulation ": Quelques jours avant latelier, les enfants annoncent en consultant leur bilan individuel- quel objectif ils veulent travailler. Lenseignant prépare à leur intention des exercices spécifiques. Un collègue de troisième primaire qui dispose dune demi-heure en début de matinée pour des cours individualisés, a accepté de donner un cours de math. Niveau 5ème primaire aux élèves de ma classe qui avaient atteint tous les objectifs de leur bilan dévaluation. 9 élèves de ma classe ont ainsi suivi pendant 4 mois un cours portant sur les thèmes suivants :
Ce collègue ne disposant que dune demi-heure pour donner son cours, les enfants concernés continuent à travailler seuls dans une classe libre du centre scolaire pendant encore une demi-heure. Lorsquils ne sont plus en mesure de se débrouiller par eux-mêmes, ils réintègrent la classe où je moccupe des élèves qui travaillent sur les objectifs noyaux qui leur posent encore problème.
Après 4 mois, les garçons du groupe ont voulu continuer à suivre ce cours avancé. Les filles manifestaient le désir darrêter. Elles ont argumenté leur choix en proposant de servir de ressource pour le reste du groupe. Le document " Références "Le logiciel dévaluation que nous utilisons permet à lenseignant de préparer des documents de références qui aident justement lélève à choisir les moyens nécessaires pour accomplir les apprentissages souhaités.
Pour chaque objectif du programme, lenseignant peut saisir une série de références correspondantes. Ces références sont imprimées dans un document à disposition des élèves, qui leur permet par exemple de faire des choix dans leurs tâches à domicile, en remplaçant un devoir donné par lenseignant, par une tâche répondant davantage à leurs besoins. Cest souvent le cas, lorsquun élève refait une partie de son année scolaire en ayant déjà effectué une partie des fiches du programme. Il peut, à laide de ce document (et de lenseignant) choisir un exercice dapplication correspondant à un objectif quil ne maîtrise pas encore. Ce document aide également lenseignant à planifier les travaux que les élèves auront à accomplir durant une période donnée. Cette approche nous conduit à abandonner progressivement la fastidieuse pratique des corrections (tests, dictées) considérées par les élèves comme une punition, surtout par les plus faibles qui en ont davantage. Quand on sait que lestime de soi est la pierre angulaire de lédifice motivationnel, on peut comprendre le peu deffet de ces corrections sur lamélioration de lorthographe.
Au lieu de faire des " corrections ", lélève a choisi de travailler l'accord du verbe. Son but est de ne plus commettre derreur de ce type la prochaine fois. Il choisit donc une activité pour entraîner ce savoir-faire. Le document "références " à disposition dans la classe peut laider à choisir une fiche dapplication appropriée. Pour une bonne partie des élèves, lenseignant doit apporter son aide pour effectuer cette recherche. A noter que le recours à une fiche existante nest pas forcément le meilleur moyen. Inventer son propre exercice, produire soi-même les difficultés ou des pièges de même nature que ceux qui ont provoqué lerreur dans la dictée, samuser à tendre ces pièges à un pair qui travaille le même objectif tout cela savère tout aussi fructueux. Du moment quil fait un choix, lélève reprend le pouvoir sur ses apprentissages. En forçant le trait, on pourrait dire quil sagit pour lélève de passer du statut de " coupable dignorer" à celui de " responsable dapprendre ". Le document "répartitions"
En observant les bilans de classe des années précédentes, on constate que certains thèmes sont rarement abordés, car, faute de temps, les priorités sont mises sur les objectifs fondamentaux. Lopportunité est donc saisie de proposer aux élèves avancés ces activités douverture comme, par exemple :
Voici latelier
tel que proposé aux élèves au tableau noir : Progressivement, lélève doit devenir acteur de ses apprentissages. Cest donc à lui de choisir quelle activité lui sera profitable. Lenseignant nassigne donc pas à chaque élève la tâche qui lui convient, mais il explique que savoir multiplier est un objectif fondamental, il conseille aux élèves de vérifier dans leur bilan individuel si cet objectif est atteint ; et de choisir en conséquence une ou deux des activités proposées. Il informe également les enfants qui optent pour les activités du haut de l'arbre, quils devront se passer de laide de lenseignant occupé avec lautre groupe. Ils peuvent travailler par groupes de 4 élèves ou faire appel à des élèves ressources qui se déclarent à disposition en début dactivité. Leur habileté à produire de nouvelles connaissances de manière autonome sera valorisée par lenseignant et par le fait quils pourront présenter leurs découvertes au reste de la classe. Lors de lédition des numéros suivants de notre petit journal, les élèves ressources ont été mis à contribution. Le groupe de trois élèves ayant travaillé sur la disposition des dialogues a renseigné les élèves qui ont rédigé une interview. Ceux qui avaient compris comment utiliser le traitement de texte se sont également inscrits comme ressources.
Analyse de l'expérience: Les constats les plus intéressants que jai pu tirer des actions menées ces dernières années étaient rarement prévisibles. Cest presque à chaque fois, au détour de situations non planifiées, que les meilleurs moments dapprentissage ont eu lieu. Ce qui rejoint lidée de Ph. Meirieu quand il parle de lapproximation féconde dune différenciation orientée sur la régulation et non sur lhypothèse du diagnostic préalable. " Une pédagogie réussie nest pas une pédagogie parfaite ( ) mais cest une pédagogie qui maîtrise ses imperfections inévitables en en faisant des occasions de réflexion intelligente avec les enfants. " Je citerai comme exemple de situation imprévue cet épisode où une partie des élèves (des filles) qui suivaient un cours de math avancé dans la classe dun collègue, ont décidé darrêter après 4 mois. Pris de court, mais voulant respecter cette démarche volontaire, je leur ai demandé dexpliquer leur motif et surtout de proposer ce quelles comptaient faire pendant cette plage de 45 mn hebdomadaire que javais mise à profit de mes élèves au rythme dapprentissage le plus lent. Elles proposèrent de servir de ressources à ces autres élèves, de maider à corriger leurs travaux ou de travailler pour elles-mêmes. Au moment où jécris ces lignes, cela fait deux mois quelles me donnent donc un sérieux coup de main dans ces ateliers de régulation . Elles ont fait un choix quelles ont motivé, et pour linstant, elles assument une responsabilité qui permet à lensemble du groupe de fonctionner de manière plus performante. Je ne pense pas que ce genre de situation était mécaniquement déductible et encore moins quelle soit reproductible, ce nest pas dailleurs lintérêt. Mais elle montre que cest au moment où lon cherche à maîtriser les imperfections dune pédagogie que peuvent se dégager les moments les plus intéressants. Je me servirai dun deuxième exemple, certes anecdotique, mais qui illustre un certain changement dans le rapport aux savoirs. Dans le cadre dun projet de correspondance avec une classe canadienne, un élève venait faire corriger son texte où il racontait à son correspondant ses prouesses à ski. Je corrigeai donc son travail en relevant quels objectifs étaient " OK ". Quelques minutes après, lélève repassait au bureau en demandant si lobjectif " organiser son texte en paragraphes " nétait pas également atteint dans son texte, car il y avait particulièrement prêté attention. Ce qui était exact. Je mempressai donc de signer cet objectif sur son bilan dévaluation. Ce genre dindice me laisse penser quun rééquilibrage de la responsabilité dapprendre sopère en douceur. Les élèves essaient de " vendre " leurs compétences en disant. " Regardez, jai réalisé ce texte, il me semble quil contient telle ou telle qualité que vous pourriez certifier." Comme le propose J.Cardinet "L'évaluation est moins un problème de mesure que de dialogue." Cette relation à lévaluation me paraît encore plus simple et surtout, moins formelle que celle décrite par Meirieu où les élèves peuvent choisir le jour où ils passent les épreuves, à la manière des ceintures de judo.
En dernier lieu, je terminerai par un souci qui sintensifie au fur et à mesure du changement entrepris pour aller vers cette pédagogie du projet. Il semble que les enfants qui profitent -de manière mesurable- de ces formes dapprentissages contextualisés sont en fait les enfants capables de transférer les connaissances procédurales et conditionnelles dun projet à un autre, voire dun projet à une épreuve dexamen de type traditionnel. Je fais ce constat récurrent quune partie des élèves (dits faibles), qui réalisent certes des travaux plus ambitieux quils ne lauraient fait dans un apprentissage très structuré, demeurent pourtant incapables de se servir de ces savoirs dans dautres situations. Par exemple: la phrase interrogative a été travaillée notamment dans le cadre dune interview dun toxico-dépendant invité en classe. Les enfants ont été confrontés à la difficulté de rédiger leurs questions pour les publier dans le journal de notre école. Il a donc fallu rechercher comment sutilise le trait dunion, linversion du sujet etc Il sen est suivi une synthèse, et quelques exercices de consolidation forcément moins nombreux que dans un style denseignement traditionnel, car un projet de journal prend du temps quil faut bien trouver quelque part. Toutefois, les théories constructivistes laissaient espérer que la motivation suscitée par le projet et la contextualisation des apprentissages dans une situation complète, complexe, et significative aurait bien compensé les fastidieux exercices de consolidation. Eh ! bien, pour une partie des élèves, la réalité semble bien résister à la théorie : quelques semaines plus tard, une évaluation montrait que certains ne maîtrisaient pas du tout la phrase interrogative. Ce cas préoccupant illustre bien la nécessité de toujours varier les dispositifs, quitte à proposer à certains élèves des procédés plus structurés (à lancienne). La pédagogie du projet est manifestement plus astreignante à gérer pour lenseignant. Sil faut en plus recourir à une forme de drill pour compenser ces insuffisances auprès de certains enfants, on peut raisonnablement se demander si lon ne touche pas ici les limites au-delà desquelles le jeu nen vaut plus la chandelle. Les futurs effectifs de nos classe en décideront. Quant au logiciel de gestion de lévaluation, sil ne constitue certes pas une solution à toutes les résistances qui freinent la généralisation de pratiques différenciées, il présente néanmoins lestimable avantage de rendre la chose faisable. Lenseignant dispose enfin des instruments de navigation qui permettent de dépasser le stade du pilotage à vue.
PerspectivesReste des interrogations auxquelles nous navons pas les moyens de répondre :
Une foule de questions pourraient évidemment compléter cette liste, car le processus de changement saccompagne dun questionnement permanent dans lequel linitiative précède inévitablement la réponse. Linvitation au changement se résume dans la philosophie de Jankélévitch. " Pour commencer, il faut seulement du courage, parce quon napprend pas à commencer, sinon il faudrait commencer à apprendre à commencer et sil fallait attendre dêtre prêt, on ne commencerait jamais ! "
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